25.02.2007

Des religieux bien trop modernes…

Voici un texte transmis par Stéphane Lavignotte, pasteur de La Maison Verte (Mission populaire évangélique, Paris 18e), et membre actif du CCI:

On dit souvent les responsables religieux aveugles aux réalités de leur époque, prisonniers de manières de voir passéistes. Les responsables chrétiens#, musulmans et juifs lyonnais qui ont signé un appel contre le mariage pour les personnes de même sexe viennent de montrer que c’est tout le contraire. Que répètent-ils de ligne en ligne quant au mariage ? Ce «repère fondateur de l’humanité», ce «socle fondateur», cette «institution aussi essentielle ne peut pas être soumise aux fluctuations des courants de pensée.» Le mariage, la famille réduite au couple homme-femme existerait partout, de tout temps à jamais. En croyant que ce qui existe ici et aujourd’hui a existé partout et toujours, ils réduisent la famille à une conception très moderne et très occidentale de la famille. L’anthropologie, l’histoire, la simple observation de la réalité qui nous entoure nous montrent pourtant - et pas seulement dans d’autres temps ou d’autres civilisations - qu’existent toutes les formes de configuration familiales, de façons de vivre ensemble pour hommes et des femmes : polygamie, polyandrie, famille matrilinéaire, répartitions diverses des taches et des fonctions... S’il faut un spermatozoïde et une ovule pour concevoir biologiquement un enfant, en revanche, il n’y a pas toujours, et pas toujours eu, un homme et une femme pour l’élever. Il n’y a pas besoin d’adhérer à l’ensemble des thèses de Michel Foucault pour reconnaître que ce que nous mettons aujourd’hui derrière les identités «hommes», «femmes», «famille», «homosexualité», «hétérosexualité» émergent au plus tôt avec le XVIIe siècle, s’affirme avec la modernité et que la famille se fixe sur le modèle non plus «élargi» mais nucléaire (papa maman deux enfants, PME) seulement après la deuxième guerre mondiale. Et n’a cessé d’évoluer depuis : les familles monoparentales, recomposées et homo parentales sont dorénavant majoritaires.

Quant au mariage, il est assez comique d’en faire un repère «fondateur» de l’humanité et de s’appuyer pour cela sur la bible. Avant d’écrire leur texte, nos brillants auteurs auraient bien fait de rouvrir le-dit livre et ne pas se contenter de leurs souvenirs de catéchismes. Savez-vous combien de fois est cité dans la bible cette institution «fondatrice» que serait le mariage ? A peine quatre fois et le terme «marié» neuf fois. La théologienne lesbienne Viriginia Ramsey Mollenkott, se penchant sur la famille dans la bible, a recensé quarante sortes de familles différentes : de la famille élargie à l’extrême (318 hommes, sans compter femme et enfants dans la maisonnée d’Abraham !), aux familles polygames ou polyandres, en passant par des mariages à l’essai, les mariages «platoniques», les unions de force… et bien sûr quelques histoires entre personnes de même sexe comme David et Jonathan, Ruth et Noémie… Les pétitionnaires lyonnais en appellent à la Genèse écrivant : «Les récits fondateurs de l’humanité sont bâtis sur la différence et la complémentarité de l’homme et de la femme. Les croyants en voient l’attestation dans les récits de la création (…) Ils sont appelés à s’unir dans le mariage pour donner la vie et la faire grandir.» La «complémentarité» et la «différence» sont à ce point mises en avant dans la Genèse que «la femme» est fabriquée par Dieu à partir d’un bout de chair de l’homme - le clone comme summum de l’altérité ! La raison évoquée par l’homme pour retenir la femme comme aide à son goût - «voilà l’os de mes os et la chair de ma chair» - évoque d’autant moins une insistance sur la différence que cette expression dans l’ancien Israël désigne l’appartenance à une même famille, un même peuple. Et comment le texte de la Genèse se termine-t-il ? «Ils furent heureux en se nourrissant l’un l’autre de leur différence, en respectant ce qu’ils avaient de spécifique» ? Le voilà clôt par un très très peu altéritaire : «tous deux ne ferons plus qu’un». L’absence de honte quand «ils se virent nus» (ce n’est qu’après la «chute» qu’ils cachent leurs sexes) ne signifie-t-il pas le caractère absolument secondaire du sexuel - et donc de l’altérité sexuelle - à cette étape initiale de l’histoire mythique de l’humanité ? Enfin, s’ils fusionnent à qui mieux mieux, en revanche, on cherchera en vain le moment où ce couple que nos religieux lyonnais considèrent comme la référence absolue du débat actuel sur la conjugalité se soumettent à ce «socle originel» que serait le mariage… Comme il serait abusif de faire du Nouveaux testament, une ode au mariage ou à la famille.

Non seulement Jésus ne célèbre aucun mariage - raison pour laquelle ce n’est pas un sacrement chez les protestants - mais le Messie a bien peu d’égard pour sa propre famille. Quand elle vient le sermonner alors qu’il fait du scandale en ville, il réplique : «Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères.» Si le danger est la relativisation de l’institution familiale, il semble que l’ennemi soit dans la place… On pourrait encore citer Paul qui incite rester célibataire - ça ne sert à rien de fonder une famille puisque le Royaume va arriver - et de ne le faire que comme moindre mal pour encadrer le désir sexuel… Il ne s’agit pas de dire que l’altérité soit sans importance dans les relations de personnes mais qu’il est abusif de s’appuyer sur la Genèse pour le dire, a fortiori si on réduit la question de l’altérité à sa dimension biologique, corporelle, sexuelle, à la différence des sexes. Pas plus qu’il ne serait sérieux de faire appel au texte biblique - les récits de David et Jonathan ou de Ruth et Noémie déjà cités - pour justifier une position favorable - que je défend - à la demande actuelle de mariage gay, il n’est sérieux d’abuser du texte biblique pour défendre la position inverse. Posons une question aux signataires du texte lyonnais : la Bible est-elle faite pour justifier nos positions ou pour nous inviter à toujours nous remettre en route ? Ce texte est -il fait pour donner un avis définitif sur des réalités sociales qui n’existaient pas en son temps ou pour nous déplacer de nos évidences par son étrangeté ?

Car il s’agit bien de cela : être capable de prendre de la distance par rapport au temps dans lequel nous sommes immergés et qui voudrait nous guider nos vérités - et je crois que Genèse 2 comme critique des mythes des peuples environnants appelle d’abord à cela.

En défendant le mariage, la famille, le couple tels qu’ils existent majoritairement aujourd’hui, les responsables religieux lyonnais croient défendre des institutions éternelles, naturelles, bibliques contre la modernité. Mais au contraire, ils contribuent à une tendance profonde de nos sociétés : transformer en sacralité les réalités modernes du mariage, du couple, de la famille, des identités «hommes», «femmes», «homosexualité», «hétérosexualité»… Ils abondent dans le sens d’une très actuelle religion de l’identité - au sens large - qui va à rebours d’un des appels principaux des Évangiles : «Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme.» En soutenant la perpétuation de droits différents en fonction de soi disant identités différentes - homo v/s hétéro - ils durcissent des enfermements identitaires en contradiction avec l’appel Paulinien. A la suite de la théologienne «queer» Elizabeth Stuart, ce qu’il s’agit de dénoncer, ce ne sont pas les théologies en ce qu’elles seraient en retard sur la modernité mais au contraire de partir de la théologies pour mettre en question ces réalités temporelles que la modernité transforme en nouvelles divinités. Et ce qui vaut pour les idoles de la normalité hétérosexuelle vaut également pour celles de la consommation, de la réussite ou de la croissance.

19.05.2006

Prédication de Jean Vilbas sur la figure d'Agar

Le mercredi 17 mai avait lieu la 1ère célébration intereligieuse contre l'homophobie organisée par l'IDAHO.

A cette occasion, Jean Vilbas, membre de l'Eglise MCC Montpellier, a prêché sur le figure d'Agar à partir de Genèse 21:9-20.

Extrait:

Agar n’est pas que victime, loin s’en faut: elle est aussi une femme libre et libérée, libre parce que libérée ! Elle parle à nos consciences de croyantEs lgbt ou amis et son histoire nous redit : c’est du Dieu miséricordieux qui ne l’a pas laissée mourir, qui a vu et entendu le cri de son enfant, qui a pourvu une source pour les désaltérer qu’elle tient sa liberté, celle que nul ne pourra lui ravir. La figure d’Agar nous lance un défi : celui de la confiance en un Dieu bienveillant et libérateur qui, au-delà de ce que toutes celles et de tous ceux qui prétendent parler en son nom, sauve de la crainte, de la honte et du désespoir, un Dieu qui restaure la dignité. Notre présence ici ce soir atteste que nous avons déjà au moins fait un pas de confiance.
Agar nous invite enfin à nous considérer comme bénis : le renversement des perspectives opéré dans la Bible par les béatitudes ou les bénédictions n’est ni un renoncement fataliste face aux adversités ni une illusion poursuivie pour s’échapper de l’épreuve. Marginalisée, rejetée, abandonnée, Agar est soutenue par la promesse qui accompagne l’enfant qu’elle a porté ; et au cœur même de l’épreuve, elle fait la rencontre du Dieu libérateur. Mais la bénédiction est au-delà et en deçà de la promesse et de la délivrance : tout simplement dans la présence du Dieu qui l’accompagne ! Qu’il nous soit donné de réaliser cette présence, de la découvrir dans tous les moments de nos vies : là où son évidence éclate et nous fait tressaillir de joie, là où tout semble aussi nous crier son absence. Ne nous méprenons pas toutefois : il ne s’agit pas en citant ces trois termes de les ordonner chronologiquement ou de les hiérarchiser !
On peut découvrir brutalement l’homophobie et en devenir victime alors qu’on se croyait dans un environnement libre de tout préjugé ! Et les actes libérateurs de Dieu dans nos vies se font souvent imperceptiblement et dans la durée. Les expériences de l’oppression, de la libération, de la bénédiction se mêlent et se répètent dans la vie d’Agar et plus souvent encore, je crois, dans les nôtres. Agar qui échappe à nos classifications, Agar libérée de la situation qui l’opprimait, Agar en marche vers sa liberté, Agar nous permet de réaliser en ce jour que nous sommes béniEs ; que le Dieu devant lequel ne subsiste nulle frontière, qui établit sa demeure dans le désert et qui fait jaillir de celui-ci des sources d’eau vive dit du bien de nous parce que nous représentons toute la diversité de l’humanité qu’il a créée et qu’il aime.

Téléchargez la prédication complète

17.12.2005

Etre les témoins d'une Eglise inclusive

Quel chrétien homosexuel ne connait pas Tony Anatrella, voix autorisée de l'Eglise catholique romaine pour les questions liées à l'homosexualité, et conseiller du Vatican auprès du Conseil pontifical pour la famille ? Puisant ses références dans la psychanalyse, ce prêtre ne cesse de fustiger le "lobby homosexuel", le pacs, le mariage homosexuel, et considère la normalisation de l'homosexualité comme un danger pour la société. Tout récemment, il s'est répandu en propos ouvertement homophobes à l'occasion d'un commentaire sur l'Instruction du Vatican concernant l'admission à la prêtrise des homosexuels.

Dans l'Osservatore Romano, le quotidien officiel du Vatican, voici ce qu'il déclare: (source: Chrétien.info) :"L’homosexualité apparaît comme un inachèvement et une immaturité foncière de la sexualité humaine". Et à propos des prêtres homosexuels: "ils ont tendance à détourner leur fonction à des fins narcissiques. Ils sont dans la séduction","relations souvent fusionnelles", "repli sur un clan de personnes de même type", "élections effectives exacerbées", "position narcissique face à une communauté qui la perturbe", "rapport à l’autorité fait de séduction et de rejet","exercice du gouvernement manipulatoire des idées et des personnes".

Face à un tel exemple de non inclusivité, Théo et moi avons décidé de réagir quand nous avons appris qu'Anatrella donnait le 16 décembre à l'église St Severin de Paris une conférence sur le thème "quelle place pour les personnes homosexuelles dans l'Eglise ?", prélude à une nuit de prière. Cet évènement est organisé par Semeurs d'espérance. Malgré notre indignation face aux récentes positions discriminatoires du Vatican, et au soutien que leur apporte Anatrella, nous ne voulions pas répondre à la violence par la violence. Nous avons donc choisi de ne pas faire de scandale à l'intérieur de l'église, mais de distribuer un tract à l'entrée. Il s'agit du très beau texte "Pourquoi pas nous ?" écrit pas des participants du Carrefour des Chrétiens Inclusifs. Nous y avons ajouté l'adresse du blog du CCI.

Nous nous étions donné RDV dès 19h. Visiblement les organisateurs craignaient des incidents car il y avait des CRS tout autour. Ils nous ont empêché de nous poster devant l'église alors que nous étions pourtant à l'extérieur sur la voie publique ! La raison invoquée: trouble à l'ordre public ! On croit rêver. Nous nous sommes donc positionner un peu à l'écart, mais suffisamment près pour pouvoir distribuer nos 170 tracts aux gens qui se rendaient à la conférence. Ce fut l'occasion d'avoir des contacts assez intéressants. Plusieurs nous ont soutenu ouvertement. Certains étaient même très émus de notre démarche. Mais un "fondamentaliste" a fait du tract une boulette et l'a jeté à la figure de Théo ! Un autre l'a traité d'immature. Rien de très grave donc. Au final, nous étions très heureux de pouvoir témoigner qu'une voix inclusive existe dans l'Eglise. Nous avons donc décidé de renouveler cette opération pacifiste dès que l'occasion se présenterait :)

Jean-Marc (http://gayanglican.blogspot.com

05.12.2005

Pourquoi pas nous ?

Dans les récentes positions de l'Eglise Catholique sur l'homosexualité, un pas décisif vient d'être franchi. En effet, l'Enseignement Institutionnel ne se contente plus de dire que les actes homosexuels sont "des dépravations graves, intrinsèquement désordonnées" (Catéchisme de l'Eglise Catholique, 1997. § 2357), mais encore que les tendances homosexuelles sont elles-mêmes "objectivement désordonnées" (Catéchisme de l'Eglise Catholique, 1997. § 2358). Le présupposé de cette affirmation tient dans la certitude que l'unique modèle recevable est celui de l'amour entre un homme et une femme. C'est la raison invoquée dans un récent document pour éloigner du sacerdoce, non seulement les hommes s'affichant comme homosexuels, mais encore les hommes ayant seulement des tendances homosensibles !!!

Cette façon de voir, nous semble-t-il, découle d'une absence de véritable regard contemplatif sur les personnes d'une part, et d'autre part de la peur d'être dépassé par des lobbies gay (il est vrai parfois excessifs dans leurs revendications). Mais entre une spiritualité qui manque d'air et la peur de perdre son identité, où est donc passée l'audance de l'Evangile ? La Bonne Nouvelle serait-elle donc devenue sélective au cours des âges ? Ne cherche-ton pas à décourager de sainteté les petits et les pauvres au profit d'une Eglise de purs et bien pensants ?

Il ne s'agit pas ici de cogner pour faire valoir des droits; il ne s'agit pas de revendications insidieuses...il s'agit d'une immense déception due à l'absence de dialogue vrai et serein pour comprendre ce que vivent les personnes homosensibles. Il s'agit d'un immense étonnement devant l'empressement à cadenasser la vie chrétienne à quelques formes établies. Il s'agit d'une immense stupeur devant l'incapacité de l'Institution à inventer avec chacun de nouvelles voies d'épanouissement et de vie véritable sous le regard du Christ.

Qui donc cherchera à comprendre avant de parler ? Qui, d'abord, se plongera dans une prière et une intercession profonde qui embrasse l'univers en silence pouvant alors rejoindre chacun dans l'infinie beauté de son être ? Qui aidera les personnes homosensibles à se pacifier et à se déculpabiliser d'être tels, afin de prétendre un jour pouvoir construire un amour solide et tendre ? Qui acceptera de cheminer sans juger pour permettre à chacun de trouver la fécondité de sa vie ? Où trouverons-nous des êtres qui par leur capacité d'accueil annoncent déjà l'inconditionnel amour de Dieu pour chaque être ?

Il en existe déjà, Dieu merci ! Et qu'il nous soit permis ici de rendre un fervent hommage à tous ceux et celles qui par leur prière, leur métier, leur art, leur façon de penser et d'aimer sont dores et déjà les veilleurs de la bonté de Dieu et les annonciateurs de sa grâce fidèle. Un immense merci à tous nos frères et soeurs homosensibles qui ont résolument pris le parti de Dieu en cherchant à embrasser leur prore humanité.

On demande des saints, des gens pacifiés et généreux pour révéler quelque chose de la grandeur de Dieu. Pourquoi pas nous ?

Signé: un prêtre et un laïc engagé dans l'Eglise