25.02.2007

Des religieux bien trop modernes…

Voici un texte transmis par Stéphane Lavignotte, pasteur de La Maison Verte (Mission populaire évangélique, Paris 18e), et membre actif du CCI:

On dit souvent les responsables religieux aveugles aux réalités de leur époque, prisonniers de manières de voir passéistes. Les responsables chrétiens#, musulmans et juifs lyonnais qui ont signé un appel contre le mariage pour les personnes de même sexe viennent de montrer que c’est tout le contraire. Que répètent-ils de ligne en ligne quant au mariage ? Ce «repère fondateur de l’humanité», ce «socle fondateur», cette «institution aussi essentielle ne peut pas être soumise aux fluctuations des courants de pensée.» Le mariage, la famille réduite au couple homme-femme existerait partout, de tout temps à jamais. En croyant que ce qui existe ici et aujourd’hui a existé partout et toujours, ils réduisent la famille à une conception très moderne et très occidentale de la famille. L’anthropologie, l’histoire, la simple observation de la réalité qui nous entoure nous montrent pourtant - et pas seulement dans d’autres temps ou d’autres civilisations - qu’existent toutes les formes de configuration familiales, de façons de vivre ensemble pour hommes et des femmes : polygamie, polyandrie, famille matrilinéaire, répartitions diverses des taches et des fonctions... S’il faut un spermatozoïde et une ovule pour concevoir biologiquement un enfant, en revanche, il n’y a pas toujours, et pas toujours eu, un homme et une femme pour l’élever. Il n’y a pas besoin d’adhérer à l’ensemble des thèses de Michel Foucault pour reconnaître que ce que nous mettons aujourd’hui derrière les identités «hommes», «femmes», «famille», «homosexualité», «hétérosexualité» émergent au plus tôt avec le XVIIe siècle, s’affirme avec la modernité et que la famille se fixe sur le modèle non plus «élargi» mais nucléaire (papa maman deux enfants, PME) seulement après la deuxième guerre mondiale. Et n’a cessé d’évoluer depuis : les familles monoparentales, recomposées et homo parentales sont dorénavant majoritaires.

Quant au mariage, il est assez comique d’en faire un repère «fondateur» de l’humanité et de s’appuyer pour cela sur la bible. Avant d’écrire leur texte, nos brillants auteurs auraient bien fait de rouvrir le-dit livre et ne pas se contenter de leurs souvenirs de catéchismes. Savez-vous combien de fois est cité dans la bible cette institution «fondatrice» que serait le mariage ? A peine quatre fois et le terme «marié» neuf fois. La théologienne lesbienne Viriginia Ramsey Mollenkott, se penchant sur la famille dans la bible, a recensé quarante sortes de familles différentes : de la famille élargie à l’extrême (318 hommes, sans compter femme et enfants dans la maisonnée d’Abraham !), aux familles polygames ou polyandres, en passant par des mariages à l’essai, les mariages «platoniques», les unions de force… et bien sûr quelques histoires entre personnes de même sexe comme David et Jonathan, Ruth et Noémie… Les pétitionnaires lyonnais en appellent à la Genèse écrivant : «Les récits fondateurs de l’humanité sont bâtis sur la différence et la complémentarité de l’homme et de la femme. Les croyants en voient l’attestation dans les récits de la création (…) Ils sont appelés à s’unir dans le mariage pour donner la vie et la faire grandir.» La «complémentarité» et la «différence» sont à ce point mises en avant dans la Genèse que «la femme» est fabriquée par Dieu à partir d’un bout de chair de l’homme - le clone comme summum de l’altérité ! La raison évoquée par l’homme pour retenir la femme comme aide à son goût - «voilà l’os de mes os et la chair de ma chair» - évoque d’autant moins une insistance sur la différence que cette expression dans l’ancien Israël désigne l’appartenance à une même famille, un même peuple. Et comment le texte de la Genèse se termine-t-il ? «Ils furent heureux en se nourrissant l’un l’autre de leur différence, en respectant ce qu’ils avaient de spécifique» ? Le voilà clôt par un très très peu altéritaire : «tous deux ne ferons plus qu’un». L’absence de honte quand «ils se virent nus» (ce n’est qu’après la «chute» qu’ils cachent leurs sexes) ne signifie-t-il pas le caractère absolument secondaire du sexuel - et donc de l’altérité sexuelle - à cette étape initiale de l’histoire mythique de l’humanité ? Enfin, s’ils fusionnent à qui mieux mieux, en revanche, on cherchera en vain le moment où ce couple que nos religieux lyonnais considèrent comme la référence absolue du débat actuel sur la conjugalité se soumettent à ce «socle originel» que serait le mariage… Comme il serait abusif de faire du Nouveaux testament, une ode au mariage ou à la famille.

Non seulement Jésus ne célèbre aucun mariage - raison pour laquelle ce n’est pas un sacrement chez les protestants - mais le Messie a bien peu d’égard pour sa propre famille. Quand elle vient le sermonner alors qu’il fait du scandale en ville, il réplique : «Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères.» Si le danger est la relativisation de l’institution familiale, il semble que l’ennemi soit dans la place… On pourrait encore citer Paul qui incite rester célibataire - ça ne sert à rien de fonder une famille puisque le Royaume va arriver - et de ne le faire que comme moindre mal pour encadrer le désir sexuel… Il ne s’agit pas de dire que l’altérité soit sans importance dans les relations de personnes mais qu’il est abusif de s’appuyer sur la Genèse pour le dire, a fortiori si on réduit la question de l’altérité à sa dimension biologique, corporelle, sexuelle, à la différence des sexes. Pas plus qu’il ne serait sérieux de faire appel au texte biblique - les récits de David et Jonathan ou de Ruth et Noémie déjà cités - pour justifier une position favorable - que je défend - à la demande actuelle de mariage gay, il n’est sérieux d’abuser du texte biblique pour défendre la position inverse. Posons une question aux signataires du texte lyonnais : la Bible est-elle faite pour justifier nos positions ou pour nous inviter à toujours nous remettre en route ? Ce texte est -il fait pour donner un avis définitif sur des réalités sociales qui n’existaient pas en son temps ou pour nous déplacer de nos évidences par son étrangeté ?

Car il s’agit bien de cela : être capable de prendre de la distance par rapport au temps dans lequel nous sommes immergés et qui voudrait nous guider nos vérités - et je crois que Genèse 2 comme critique des mythes des peuples environnants appelle d’abord à cela.

En défendant le mariage, la famille, le couple tels qu’ils existent majoritairement aujourd’hui, les responsables religieux lyonnais croient défendre des institutions éternelles, naturelles, bibliques contre la modernité. Mais au contraire, ils contribuent à une tendance profonde de nos sociétés : transformer en sacralité les réalités modernes du mariage, du couple, de la famille, des identités «hommes», «femmes», «homosexualité», «hétérosexualité»… Ils abondent dans le sens d’une très actuelle religion de l’identité - au sens large - qui va à rebours d’un des appels principaux des Évangiles : «Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme.» En soutenant la perpétuation de droits différents en fonction de soi disant identités différentes - homo v/s hétéro - ils durcissent des enfermements identitaires en contradiction avec l’appel Paulinien. A la suite de la théologienne «queer» Elizabeth Stuart, ce qu’il s’agit de dénoncer, ce ne sont pas les théologies en ce qu’elles seraient en retard sur la modernité mais au contraire de partir de la théologies pour mettre en question ces réalités temporelles que la modernité transforme en nouvelles divinités. Et ce qui vaut pour les idoles de la normalité hétérosexuelle vaut également pour celles de la consommation, de la réussite ou de la croissance.

25.12.2005

Commentaire de l'Evangile de Noël

Fabrice LEBERT, un cherchant Dieu et un aimant Christ est devenu responsable pastoral de la MCC Montpellier.
Il nous livre son commentaire de l'Evangile de ce dimanche 25 décembre 2005: Luc 2,1-14 

Dieu de douceur, d’humilité et de vie. Ce Dieu que nous célébrons, qui nous fait vivre, avec qui nous vivons, ce Dieu de «gloire» a intégré, enveloppé notre humanité dans ce qu’il y a de plus fragile : un bébé. Un être dépendant à 100 %, frêle, à la merci de toutes les maladies, de la faim, de la soif, de la violence externe, ne pouvant pas parler. Où est ta gloire, toi que l’on dit « Seigneur, Roi des rois, maître », toi petit enfant de Bethléem ?

Encore une fois, Dieu fait irruption dans nos vies, notre histoire, notre quotidien de manière imprévue, impromptue et inconcevable : ce n’est pas écrit comme cela dans les textes annonçant la venue du Messie ! Ce n’est pas sérieux, mais que fais-tu donc ? Quel genre de Dieu es-tu ? Tu viens comme un enfant épouser notre réalité, toute notre réalité, sauf le péché, bon d’accord, passons, mais venir dans la plus grande pauvreté, le plus grand dénuement, carrément nu ! Enfin de qui se moque t-on ? Je veux croire en un Dieu tout puissant, omniscient, je veux croire que mon Dieu est riche, beau, fort, viril, etc.

L’enfant est refoulé de partout, à peine né et déjà mis à la porte, et ses parents refourgués à l’étable. Il aura alors le plus beau de tous les berceaux, la plus grande des gloires, la plus belle de toutes les naissances : une étable, une mangeoire et des animaux de compagnie. Le fils de Dieu arrive sans crier gare, dans un local presque vide, pas très propre d’ailleurs ! Oui, son arrivée fait du vide , nous vide de tout : de nos certitudes, de notre orgueil de nos fiertés mal placées, de notre arrogance, de notre agressivité, de notre goût du pouvoir ; il nous laisse sans voix pour laisser la parole de vie prendre sa place en notre bouche.

Jésus Christ, fils du Dieu vivant, notre Créateur, notre Libérateur, tu nous ouvres les portes de l’humilité, de la pauvreté de cœur, de l’amitié plurielle et tu nous invites à célébrer cette force, cette puissance, cette omniscience dans l’acte le plus simple de notre vie : des mains ouvertes pour accueillir le plus inopportun, le plus incroyable des Dieux ! Le Christ se fait une place, petite, dans notre étable personnelle et il attend de nous, notre amour inconditionnel, notre sourire et nos chants d’action de grâce. Que la naissance de notre sauveur, serviteur, libérateur et surtout frère, nous réconforte dans notre vie incarnée par l’amour du pauvre ressuscité.

« Je veux évoquer le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem. Je veux le voir de mes yeux, là, couché dans une mangeoire sur du foin, entre l’âne et le bœuf ». Ces paroles de François d’Assise présentent l’événement du salut d’une manière digne des poètes qui peuvent imaginer, voir et faire voir avec des yeux d’enfant : un Dieu dans son avènement de douceur et de simplicité. Dans une société, où gloire, beauté, pouvoir dominent et divisent, où l’argent est le seul maître, un monde assoiffé d’honneurs, de grandeur, il est très urgent de revenir à l’humilité de Dieu. Dans un monde où les guerres, les conflits font rage, il faut redécouvrir un Dieu de tendresse, un « Enfant Dieu ».

Où pourrait-on mieux accueillir un enfant que dans la beauté de la nature, des montagnes, parmi des gens simples, humbles et plein de candeur, de joie, de force et d’amour : nos bergers ! Là, devant nos yeux, nous voyons aussi l’incarnation de la fraternité humaine et universelle. Des femmes et des hommes, la nature, des animaux communient les unes les uns avec les autres dans une belle harmonie céleste et humaine. La tendresse de Dieu, la beauté de Dieu aussi simplement dit qu’aucun discours de théologie ne pourra rendre parfait. Toute l’humanité en priant, en écoutant et en accueillant cette nativité du Christ découvre un monde nouveau dans lequel un Dieu de majesté devenu notre frère se laisse désormais rencontrer dans une relation fraternelle.

Questions

1. Mes représentations de Dieu, du Christ correspondent-elles au passage de Luc ? pourquoi ?

2. Quel regard avoir sur la simplicité de l’incarnation de ce Dieu de la nouvelle Alliance ?

3. Les bergers ne nous ressemblent-ils pas lorsque nous entendons Dieu nous dire : « Tu es mon fils, ma fille bien aimé/e, va célébrer cette espérance » ?

4. Arrivons nous aussi souvent que possible, à faire de la place au Christ en nos vies, dans nos cœurs-étables ?

Prière

Il est juste, beau et bon de se tourner vers ta grâce pour te dire merci, toi le Dieu de vie, en tout lieu et à tout moment ! Merci pour les bergers qui à Bethléem ont trouvé le Messie promis ! Merci pour les mages venus de l’Orient et de bien plus loin se prosterner devant l’Enfant ! Vraiment, tu as tenu ta promesse, plus vaste que le ciel et la terre. Promesse qui nous rassemble, tous ensemble, devant ce petit enfant couché dans la crèche. Promesse qui réunit tout être vivant en une Alliance arc-en-ciel. Avec les anges qui ont annoncé sa naissance, avec toutes les générations qui l’ont célébré au long des temps, nous proclamons ta venue, ta gloire en chantant : Hosanna au plus haut des cieux et paix sur terre à quiconque l’aime ! Amen.

18.12.2005

Commentaire de l'Evangile du 4ème dimanche de l'Avent

Raphaelle LECOQ, après avoir été ingénieure dans la région lilloise se prépare à la profession d’infirmière à Toulouse ; de tradition catholique romaine, elle est une des animatrices du groupe Chrétiens lgbth 31 dans cette ville.
Elle nous livre son commentaire de l'Evangile de ce dimanche 18 décembre 2005: Luc 1:26-38

L'annonciation est le message annonçant à Marie, si elle l'accepte, la naissance du Christ. Plus que la simple énonciation de faits, c'est l'annonce d'un renouveau, la reconnaissance de la fécondité d'un peuple, l'annonce de l'arrivée du Sauveur promis à l'humanité et attendu depuis 4000 ans.

Nouvelle Alliance. "Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, à une jeune fille". Le récit nous conduit d’Elisabeth (avec la référence à son 6ème mois de grossesse) vers Marie, avec l'ange Gabriel comme guide. Elisabeth est une femme âgée ; Dieu lui a annoncé, comme aux femmes de l'Ancien Testament, qu'elle aurait un enfant, Il est venu combler le manque de fécondité, pallier la vieillesse, bref, réparer des défauts, en annonçant des grossesses. Ici, nous remarquons deux ruptures avec la tradition : Dieu s'adresse à une femme jeune et il la féconde lui-même, par le Saint Esprit. Il offre la fécondité par surcroît.

Marie est d'abord présentée comme une vierge (en grec parthenos désigne une jeune fille implicitement vierge) promise à un homme, avant d'être nommée elle-même. Il faut certainement y voir la marque de tradition sociale de l'époque et l'importance de la filiation ; la femme est avant tout "la femme de …". Marie est une jeune fille ordinaire de Galilée, sans grande éducation ni fortune. Son élection par Dieu montre que Dieu aime notre humanité ordinaire, qu'Il la choisie et qu'il nous propose de la rendre féconde. Nazareth est aussi une bourgade insignifiante de Galilée. C'est dans ce lieu que Dieu se révèle, comme dans tous les lieux de pauvreté, de misère sociale ou personnelle.

Révélation. Dans le récit de la fuite d'Egypte, Dieu rend sa présence visible à travers un colonne de nuée, au dessus de la tente de la rencontre. Il s'adresse à son peuple par l'intermédiaire de Moïse. A l'annonce de la grossesse d'Elisabeth, l'ange s'était adressé à son mari, Zacharie. Ici, Dieu envoie l'ange Gabriel directement auprès de Marie, pour annoncer sa volonté. Il annonce que Dieu enverra l'Esprit Saint sous la forme d'une ombre pour féconder Marie. Cette ombre rappelle la nuit dans laquelle souvent Dieu se révèle (récit des compagnons d'Emmaüs, parabole des jeunes filles sages et des insensées). Dieu profite de la nuit pour s'adresser aux hommes, dans le secret de leurs corps et de leurs cœurs.

Rencontre. "Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi". Dieu se manifeste par un signe : l'ange Gabriel. Rien n'a annoncé l'arrivée de l'ange, d'où la nécessité de se tenir prêt. "Sois joyeuse" est la première annonce de la bonne nouvelle, celle des évangiles. Dieu nous invite avant tout à la joie, joie d'être son peuple, créé, aimé et guidé par Lui. Dieu ne fait aucune demande, n'exige aucune promesse. « A ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. » Le trouble est humain, devant cet ange et sa salutation. Mais Marie n'est pas saisie de crainte et réfléchit déjà sur la signification des événements, en son cœur. "Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu". L'ange nomme Marie, il s'adresse à elle seule, il lit dans son cœur car il y voit le trouble. L'antidote à la crainte est Dieu. Dieu connaît la crainte qui enserre nos cœurs, nous empêche d'agir et d'aimer librement et pleinement ; sa réponse est un amour infini et inconditionnel.

Annonciation. « Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus.Il sera grand et il sera appelé fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Il règnera pour toujours sur la famille de Jacob et son règne n'aura pas de fin. » Dans l'Evangile de Matthieu, le nom de Jésus est cité : Jeshua en hébreu signifie « Dieu sauve ». Par Jésus, Dieu nous sauve "car c'est lui qui sauvera le peuple des ses péchés". Dans la tradition juive, David et Jacob sont deux personnages centraux : Abraham et Sarah ont pour enfant Isaac ; il épouse Rébecca qui lui donne deux fils : Esaü (le bear roux, préféré de son père) et Jacob (le sage et le rusé, préféré de sa mère, qui prend le droit d'aînesse et reçoit la bénédiction de son père). Jacob est renommé Israël et ses 12 fils fondent les 12 tribus d'Israël ; David, oint enfant par Nathan, devient au terme d'une ascension, le roi sacré de Jérusalem. Jésus doit régner sur la tradition juive, tradition de la filiation et de la fidélité à Dieu et de Dieu. Toutes ces phrases affirmatives, voire impératives ont de quoi troubler Marie, car elles l’impliquent dans les projets que Dieu a pour elle. Marie ne répond pas par la crainte ou l'incrédulité, mais par la curiosité, le désir de mieux comprendre la révélation de l'ange et le projet de Dieu : "comment cela se fera-t-il puisque je n'ai pas de relations conjugales?". Le projet de Dieu tient compte de l'incarnation de Marie, mais Dieu qui connaît sa création, sait répondre à ses demandes et à ses contraintes. Il sait transcender cette humanité pour amener à la sainteté : "c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu".

"Voici la servante" est intemporel et exprime que tout l'être de Marie n'est qu'un service (par l'absence de la voie active). Etre servante, c'est appartenir, c'est écouter pour agir selon la volonté du maître. Il ne faut pas y voir ici un signe de soumission, mais bien l'expression de la confiance et l'établissement d'une relation fertile entre Marie et Dieu. Marie fait le choix de prononcer cette phrase et de répondre positivement au projet de Dieu. Dans la tradition juive, Dieu venait annoncer aux femmes qu'elles enfanteraient malgré leur âge. Ici, Marie adhère volontairement au projet de Dieu. Dans la tradition catholique, Marie est vue comme conçue sans péché originel, c'est-à-dire purifiée de tout mal et de toute tentation de faire le mal, mais cela ne la prive pas du libre choix et ne l'empêchera pas, plus tard de s'inquiéter et de souffrir pour son fils. Par cette action avec Marie, Dieu n'est plus celui qui marche au côté de son peuple, en le protégeant, mais en entrant dans la chair de Marie, Dieu entre dans notre humanité. Nous sommes ainsi unis à lui, de façon définitive.

Questions

1. Savons-nous être attentifs aux signes que tu nous envoies ?

2. Savons-nous reconnaître ta présence, aimante et constante en nous ?

3. Savons nous faire confiance et suivre les plans que l'on nous propose ?

Prière

On dit qu’à Lourdes, Marie s'adressant à Bernadette Soubirous, jeune fille vierge, lui demanda : "Voulez-vous me faire la grâce de venir ici tous les jours pendant 15 jours" ; Bernadette, de la même façon que Marie, a dit oui, obéi, et se sont réalisées (et se réalisent encore aujourd'hui) alors, avec elle, en elle et par elle de nombreuses et belles choses. Au lieu de garder notre vie dans la peur et la crainte, aide-nous, Seigneur, à ouvrir notre cœur. Permets-nous d'être sensibles aux signes et aux anges que tu nous envoies. Permets-nous de réagir avec confiance. Amen.

Téléchargez tous les commentaires bibliques et le lectionnaire de l'Avent dans le N°2 "Des miettes de la table" de ce blog.

11.12.2005

Commentaire de l'Evangile du 3ème dimanche de l'Avent

Paule NOTTET, originaire de Dijon, a œuvré au catéchuménat des adultes puis en liturgie et dans différentes responsabilités au sein de l’Eglise catholique romaine.Il nous livre son commentaire de l'Evangile de ce dimanche 11 décembre 2005: Jean 1,6-28

Jean, dans son évangile, présente Jean-Baptiste comme le prophète par excellence ; mais il est plus qu’un prophète. Jésus, parlant de lui à la foule qui l’entoure, lui rend ce témoignage : « Alors ! qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. C’est celui dont il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer la route devant toi » (Malachie 3 : 1 en Luc 7 : 26-27). Cette parole de Malachie permet d’affirmer que Jean-Baptiste est reconnu comme le dernier des prophètes et le précurseur immédiat du Christ.

Un second témoignage vient confirmer ce texte prophétique. Le baptiste se présente ouvertement devant les prêtres et les lévites venus l’interroger. Il confesse : « je ne suis pas le Christ » puis déclare : « Je suis la voix qui crie dans le désert, rendez droit le chemin du Seigneur » (Jean 1 : 20-23).

Les deux témoignages précédents préparent la réalisation de la prophétie d’Esaïe et la complètent : « J’étais encore dans le sein de ma mère lorsqu’il a choisi mon nom … Après m’avoir formé dans le sein pour devenir son serviteur, …le Seigneur me dit aujourd’hui : tu seras la lumière que je donne aux nations païennes pour que mon salut s’étende jusqu’aux extrêmités de la terre » (Esaïe 49 : 1-6).

Mais, le serviteur Jean n’est pas plus grand que Jésus dont il annonce la venue. De même qu’il a précédé le Christ avant sa naissance, c’est aussi au désert qu’il le précède et se prépare à sa mission.

Il est le dernier maillon d’une chaîne qui, au cours des siècles, a participé à la préparation de la venue du Messie.

Mystérieusement, Jean-Baptiste s’avance à son tour et clôture la longue attente des peuples par le témoignage d’une vie où se mêlent à la fois une joie intérieure profonde et la pénitence. Il est là comme témoin pour rendre témoignage à la lumière. C’est l’éminente fonction de celui qui est venu pour préparer la venue du Fils de Dieu.

Ceci n’est pas la seule mission du précurseur. Il est là aussi pour baptiser dans les eaux du Jourdain. C’est à Béthanie de Transjordanie, alors qu’il baptisait tous ceux qui venaient à lui, qu’il annonce la présence de Jésus au milieu de la foule en proclamant : « Voici l’agneau de Dieu … ».

Jésus apparaît, venant de Galilée pour être baptisé par Jean. Mystérieuse demande de la part de celui dont Jean va découvrir, dans un acte gratuit de Dieu, la suprême révélation.

Le baptême de Jésus, les paroles entendues, la vision grandiose de Jésus baptisé révèlent au monde, au-delà de la théophanie, la présence trinitaire d’un Dieu, Père, Fils et Esprit. Par conséquent, Jean-Baptiste est l’instrument par lequel le Christ est manifesté dans sa révélation de Fils de Dieu. Le précurseur est introduit dans le secret du mystère trinitaire par cette parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé … ».

Nous avons volontairement pris en considération et commenté les versets qui relatent le baptême de Jésus. Ils sont, malgré les apparences, en relation étroite avec le baptême d’eau donné par Jean et lui confèrent toute sa densité. La dimension trinitaire proclamée par le précurseur authentifie l’origine divine du baptême et son identité.

Questions

1. Comment Jean-Baptiste peut-il être témoin dans le monde d’aujourd’hui ?

2. Quelle est dans l’évangile du jour la parole qui vous semble toujours actuelle ?

3. Quel est pour nous qui, aujourd’hui, nous réclamons toujours du Christ, le témoignage que nous avons à donner ?

Prière

Seigneur, dans ton plan d’amour pour les hommes, tu as placé Jean-Baptiste en un lieu et un moment donné du temps de l’histoire de l’humanité pour préparer la route au Messie attendu. Accorde à ton peuple de témoigner de ta présence au cœur du monde et d’attendre ta venue quand tu reviendras dans ta gloire. Amen.

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04.12.2005

Commentaire de l'Evangile du 2ème dimanche de l'Avent

Stéphane CORDIER-BROZEK est professeur certifié d’Anglais ; il vit actuellement en Australie avec son épouse Daniela et enseigne le Français dans un collège-lycée. Il nous livre son commentaire de l'Evangile de ce dimanche 4 décembre 2005: Marc 1:1-8

« Commencement de l’évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu » : ainsi débute cette « bonne nouvelle » de l’évangéliste Marc. Comme dans tout début de livre qui donne le ton au reste de l’ouvrage, sont posés ici les premières pierres, les fondamentaux de cette histoire du Messie, en définissant clairement les rôles de deux de ses deux protagonistes. Mais le texte ne s’arrête pas là : il est destiné à être un modèle proposant des enseignements pour guider les premiers pas des chrétiens vers Jésus. C’est d’abord le récit d’une rencontre. Si l’Ancien Testament est l’histoire de Dieu cherchant à instaurer le dialogue avec les hommes en proposant des alliances successives avec eux, le Nouveau Testament, bien plus qu’une biographie de Jésus, est l’histoire de la rencontre du Messie avec les différentes communautés des hommes. C’est ce que l’évangile de Marc souligne en s’ouvrant sur la rencontre de Jésus avec Jean le Baptiste et ses disciples.

Mais qui donc était ce baptiste ? Son rôle est défini par analogie, en citant un passage du prophète Esaie : il est ainsi vu comme “le messager”, celui qui prépare le chemin au Messie. Pourquoi une personne au rôle si important vivait-elle dans le désert, là où, par définition, les hommes ne sont pas ? On peut y voir une image : pour Esaie, les gens qui ne vivent pas dans la connaissance et le respect les lois de Dieu errent dans un désert spirituel, leur vie n’a pas de sens et ressemble ainsi à un désert stérile. Le Baptiste pratiquait “un baptême de conversion en vue du pardon des péchés” (Marc 1 : 4). La traduction physique en était l’immersion dans le Jourdain en signe de purification spirituelle, morale et physique, la personne baptisée prenant ainsi un nouveau départ dans la vie. Le baptiste est bien celui qui immerge et propose un changement de vie. Beaucoup de gens voyaient dans la situation politique de cette époque pour le moins troublée une remise en question de leurs actions ou leur manque de foi : les Romains contrôlaient toute la région et de nombreux “petits prophètes” issus de communautés radicales juives proclamaient l’arrivée du Messie qui débarrasserait la région de l’envahisseur et rétablirait ordre, justice et respect de la Loi en Judée. En ces temps messianiques Jean le Baptiste semble un personnage majeur, puisque le texte nous dit que “tous les habitants de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui.” (Marc 1 : 5). Il n’était pas le seul à pratiquer un baptême de conversion puisque d’autres communautés religieuses le donnaient en signe de purification mais sa portée était différente : ce baptême est proposé à tous, tout le monde y est invité.

Si Jean est présenté comme le messager, Jésus est introduit comme “Fils de Dieu”. Malgré son importance, Jean est présenté comme le serviteur, l’esclave presque (qui, convention de l’époque, déliait la lanière des sandales de son maître). On peut se demander pourquoi l’évangéliste insiste tant sur cette “infériorité” par rapport à Jésus. Il s’agit de montrer la place des deux hommes : si le Baptiste baptise d’eau, Jésus, lui, “baptisera d’Esprit Saint”. Cette phrase un peu obscure révèle la différence entre les deux hommes. Le baptême de Jean est le signe de la décision personnelle de l’individu qui souhaite aller à la rencontre de Dieu. Jean invite, mais la démarche de venir le voir au désert vient de la personne elle-même. Le mouvement semble inverse avec Jésus : c’est le Christ qui vient d’abord à notre rencontre et vient mettre en nous un nouveau souffle lors du baptême (avec cette référence à l’Esprit Saint). Avec la venue de Jésus, on se tourne vers le futur : “lui vous baptisera” est déjà le signe d’une promesse. Ce commencement nous enseigne l’humilité, à l’image de cette relation entre Jésus et Jean le Baptiste : le Messie a suivi le Baptiste, puis Jean et les baptisés suivront le Christ ; il témoigne de cette invitation universelle à rencontrer Jésus afin que notre vie ait un sens plutôt que d’être la traversée d’un désert stérile. Quant au baptême, on peut en dire, à l’image de ce texte, que c’est le rite durant lequel on reconnaît son alliance avec le Christ. C’est le moment de cette rencontre où l’on reconnaît que le Christ a initié un mouvement vers soi et l’on accepte de faire l’autre bout du chemin : aller vers le Christ, marcher sa vie durant à sa rencontre, puis peu à peu comprendre ses enseignements, pour enfin marcher dans ses pas, à sa suite.

Questions

1. Ce texte est un commencement, mais comment se traduit-il concrètement pour le chrétien?

2. Quels sont les rôles respectifs de Jean le Baptiste et de Jésus?

3. Qu’est-ce que le baptême?

Prière

Seigneur, apprends-nous à te rencontrer, à t'écouter, à te sentir derrière les portes de la peur. Apprends-nous à t'ouvrir la porte, à t'accepter pleinement dans nos vies. Donne-nous la force de t'entendre pour te suivre, dans la direction que tu nous montreras. Amen

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27.11.2005

Commentaire de l'Evangile du 1er dimanche de l’avent

Geoffrey ROBERT est psychologue jeune diplômé. Il est un des membres assurant le fonctionnement du groupe Chrétiens lgbth 31 à Toulouse. Il nous livre son commentaire de l'Evangile de ce dimanche 27 novembre 2005: Marc 13 : 33-37

Dans le chapitre 13 de l’évangile de Marc, Jésus évoque les temps de grande détresse qui vont précéder la venue du Fils de l’Homme, les événements terribles, les faux prophètes…Le chapitre 14, lui, retrace le début des événements de la Pâque de notre Seigneur.

Au milieu de tant de tourmente, une seule recommandation du Maître, notre lecture du jour : « Veillez » ! Jésus nous invite ainsi à rester « éveillés », par opposition à être « en train de dormir ». Comment comprendre cette affirmation ? Car nous ne pouvons nous priver de sommeil jusqu’à la venue du Fils de l’Homme ! Il doit donc s’agir de quelque-chose de plus subjectif, de plus subtil que la différence veille/sommeil physiques. Pour preuve, la parabole des dix vierges (Matthieu 25 : 1-13), dont cinq étaient sages, et cinq folles : les dix se sont endormies ; puis, toutes se sont réveillées à l’arrivée de l’Epoux ; et celles qui avaient des réserves d’huile ont été admises dans la salle des noces. Ainsi le sommeil n’interdit pas l’entrée dans la salle de noces, l’absence de réserve d’huile semblant par contre prohibitive. L’huile représente peut-être la continuité de conscience, la vigilance de chaque instant, notre présence continuelle à Dieu : « Heureux est l’homme…qui murmure sa loi jour et nuit » (Psaume 1). Et le/la juste, qui s’est laissé(e) imprégner de Dieu durant toute la journée, voit son sommeil placé sous le regard de Dieu, proche et protecteur.

L’état de veille auquel Jésus nous exhorte nous permet de nous élever au-dessus de nos obscurités, celles inhérentes à notre humanité, à notre vision limitée, à nos conditionnements, à nos peurs - à l’empreinte en nous du péché pour employer la terminologie chrétienne. Car le péché est le fait de se couper de Dieu. Notre être ne laisse plus filtrer la lumière et l’amour de Dieu. Pourtant nous sommes infiniment aimé(e)s de Lui - Elle, depuis toujours et à jamais… Il s’agit donc de s’élever en conscience afin de s’établir à ce niveau où la lumière et l’amour deviennent ressentis, vécus - incarnés.

Ces paroles d’apparences mystiques – ou fantaisistes selon la sensibilité ! – me semblent trouver un parallèle flagrant dans la psychanalyse. Freud nous enseigne que « là où est le çà, doit advenir le moi », c’est-à-dire que l’inconscient ténébreux doit être résorbé par la lumière du conscient. Alors nous cessons d’être guidés comme des marionnettes par des programmations cachées dans l’inconscient qui oeuvrent malgré nous, et nous devenons libres, non conditionnés, capables d’effectuer des choix réels : ici nous rejoignons Paul qui nous dit que « là où est l’Esprit, là est la liberté » (2 Corinthiens 3 : 17).

Veiller, être sur ses gardes, c’est en fait être concentré à chaque instant sur le présent, sur ce qui s’y passe : à l’extérieur de nous –ce dont nous informent nos cinq sens- ; mais aussi sur ce qui vient de nous-mêmes : nos pensées, nos paroles, nos actions. Cette concentration permet à notre conscience de s’unifier, alors que notre nature de "pécheur" est à la dispersion. Veiller = se concentrer = s’unifier…C’est peut-être l’aboutissement de ce processus qui a permis à Jésus de dire : « Moi et le Père nous sommes un » (Jean 10 : 30), cette unification intérieure étant également unification à Dieu. En tous cas nous pouvons penser que mettre fin à la dispersion par la concentration de la veille est le moyen qui nous permet de rentrer dans le Royaume puisqu’ « étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie » (Matthieu 7 : 14).

Par la veille nous nous arrachons, seconde après seconde, à notre obscurité, nous maintenons notre lampe allumée (c’est peut-être cette lumière qui vaut aux saints, ainsi qu’à Jésus bien sûr, d’être fréquemment représentés avec un halo lumineux), et en maintenant cette petite lampe allumée, un jour sûrement le Seigneur nous inondera de Sa lumière sans fin – ce qui pourrait être une explication de la parole mystérieuse de Jésus lorsqu’il explique qu’à « tout homme qui a, l’on donnera et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui na pas, même ce qu’il a lui sera retiré » (Matthieu 25 : 29). Tenons donc allumée notre humble lumière – notre présence consciente et continue au Christ - afin qu’un jour, il nous établisse à jamais dans son ineffable lumière - ce qui peut se produire dès ici-bas, puisque « certains ne mourront pas avant de voir le Fils de l’homme venir comme roi » (Matthieu 16 : 28).

Questions

1. Quelle est ma compréhension de l’exhortation de Jésus à veiller ?

2. La présence continue à Dieu est-elle intégrée à ma vie quotidienne ?

3. Si oui, de quelle manière ? (lectio, prière, présence consciente…).

4. Si non, ai-je le désir de m’éveiller à cet aspect de la vie chrétienne ? par quels moyens ?

Prière

Jésus, toi dont « la lumière brille dans les ténèbres » (Jean 1 : 5), éclaire-nous à chaque instant, à chaque minute aide-nous à nous souvenir de Toi, permets-nous de vivre dans Ta présence qui est Vie. Amen.

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