09.12.2005
Les églises inclusives (2ème partie)
Jean Vilbas travaille en bibliothèque et a commencé une thèse sur la théologie des églises inclusives à la Faculté de Théologie Protestante de l’Université de Strasbourg. Il est proche des MCC et impliqué dans le groupe Rendez-vous Chrétien à Lille. Il a créé la revue "Des Miettes de la table" disponible sur ce blog. Il est interrogé ici par Stéphane Lavignotte.
A quelles parties de la population se veulent accueillantes les églises inclusives ?
Le mouvement a pour point de départ la condamnation quasi univoque de l’homosexualité par les discours officiels des Eglises : il s’est toujours voulu une réponse positive de terrain, issue de la base, c’est-à-dire de l’unité paroissiale. L’inclusivité ne s’arrête pas aux personnes homosexuelles ; l’extension lgbt évoque les personnes bi ou transsexuelles encore marginalisées. Bien au-delà, il s’agit de reconnaître qu’aucune différence née de la diversité humaine ne devrait être séparatrice : « il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, mais tous vous êtes un en Jésus-Christ » (Ga 3 :26). Il y a tout de même un piège dans cette citation : c’est de croire que notre unité repose sur une forme d’indifférence, tout affirmation de sa différence devenant une menace pour la cohésion du groupe. C’est la position de beaucoup de paroisses protestantes qui veulent bien des personnes homosexuelles pourvu qu’elles restent discrètes – c’est à dire totalement invisibles – ou des croyants africains pourvu que l’expression culturelle de leur foi n’ait pas droit de cité dans la paroisse. Les paroisses inclusives célèbrent au contraire toute diversité comme une expression de la richesse de la bonne création de Dieu ; y trouvent leur place, non seulement celles et ceux qui ont pu se sentir exclus des discours traditionnels mais aussi celles et ceux qui préfèrent l’humain à la tradition dans leur démarche de foi.
En existe-t-il beaucoup ? Y-a-t-il une dynamique commune aux églises inclusives ?
Je parlais de 1500 paroisses nord-américaines ; il en existe aussi quelques dizaines dans les autres pays anglo-saxons. A ces paroisses traditionnelles, il convient de rajouter les nouvelles églises nées simultanément au sein de la communauté homosexuelle : elles représentent environ 500 communautés dont 300 fédérées au sein de l’Universal Fellowship of Metropolitan Community Churches, représenté dans plus de 20 pays. De plus en plus de répertoires classent parmi les communautés chrétiennes inclusives les groupes chrétiens gays qui sans être des églises stricto sensu tiennent souvent lieu d’église pour des croyants homosexuels déracinés, hors-frontières ou incapables d’évoquer la pleine réalité de leur vie dans leurs paroisses traditionnelles. Il y a quelques années sont nés en Europe germanique des queergottesdienste qui rassemblent de manière informelle des croyants homosexuels pour un temps de célébration. Ces expériences variées sont issues de choix divergents quant aux relations avec les institutions, avec la communauté militante gay, quant à l’équilibre de l’action et de la contemplation. Aux USA, un grand congrès tenu en 2000 et renouvelé en 2004, Witness our Welcome a permis de dépasser ces clivages et d’explorer une identité inclusive commune. Le chantier reste ouvert dans les autres pays où cette identité inclusive est encore discrète et peu connue.
Et en France ?
C’est un pays de tradition majoritairement catholique ; les positions officielles de l’Eglise catholique romaine restent fermes et fermées dès que surgit une question relative à l’homosexualité – cf les débats récents sur le mariage homosexuel et les prises de position de Benoït XVI et de son entourage ; les églises protestantes ont cru se distinguer en ouvrant le débat mais il s’est bien vite refermé et l’avis du CPLR publié en février 2004 ne manifeste qu’une ouverture très limitée ; le monde évangélique est assez univoque dans sa condamnation avec quelques ouvertures de ci de là rendues possibles par le congrégationalisme. Il ne faut cependant pas occulter que sur le terrain, nombre de pasteurs, prêtres, religieux et religieuses ont une pastorale d’ouverture, libératrice pour beaucoup de chrétiens homosexuels mais tout se passe encore sous le couvert de la discrétion. Il n’y a que très peu de paroisses inclusives en France : l’église réformée de la Rencontre l’est par adhésion au CPC ; la cathédrale américaine explore ce qu’implique son rattachement à l’Eglise épiscopale dont un des évêques, Gene Robinson, est ouvertement gay. Sur l’autre versant de la réalité inclusive, on rencontre une paroisse MCC à Montpellier et le Centre du Christ Libérateur, oeuvrant à Paris depuis 30 ans. Il y a aussi des groupes de prière à Paris et à Toulouse, proches des MCC. David et Jonathan est la principale association de chrétiens homosexuels avec une vingtaine de groupes et il existe quelques groupes indépendants comme Rendez-vous chrétien ou le Groupe fraternel en région lilloise. Une autre association importante, Devenir un en Christ, qui tenait jusqu’alors un discours invitant à la chasteté ou au changement semble s’ouvrir à une plus grande diversité d’approches pastorales. Ces paroisses et ces groupes se regardent encore avec une certaine suspicion, en raison de leurs stratégies diverses, de leur enracinement ecclésial ou de leur spiritualité ; il est urgent de créer entre eux des plate-formes d’échange et de dialogue. Une retraite organisée depuis 5 ans en mai en fournit l’une des possibilités : elle a permis notamment, outre la richesse du partage fraternel, la mise en réseau des outils et des idées dans ce qui s’appelle le Carrefour de Chrétiens Inclusifs Ces petits commencements ne nous rendent pas moins conscients de la pertinence du message inclusif dans une société et une Eglise où l’exclusion est encore en vigueur.
22:55 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Chrétiens inclusifs





Commentaires
Ces notions devraient être corrigées par deux phénomènes sociologiques :
1- La décroissance des églises de multitude et leur transformation en églises de professants, l'impact réel de l'Eglise Catholique Romaine en Franc est de 20% de la population sans plus.
- Ce qui amène à une pratique plus personnelle et plus intériorisée.
2- Le deuxième phénomène est l'émergence des églises évangéliques à la structure plus rigoureuse encore que l'Eglise Catholique Romaine. D'influence essentiellement américaine ou issues des pays d'Afrique et d'Asie, fondée par des missionaires - sur des bases coloniales -sur la base des enseignements d'une certaine époque et en réflétant les préjugés et la situation légale d'une époque (condamnation légale de l'homosexualité par exemple).
3- La mondialisation inclut ce choc des cultures, aujourd'hui l'émergence du christianisme n'est plus en Europe ni en Amérique du Nord mais se trouve en Afrique et en Amérique du Sud. Ce sont là les groupes les plus dynamiques et aussi les plus conservateurs.
Qui rejoignent les autres religions qui ont aussi des positions ultra-conservatrices.
Si je résume, le système "patriarcal" qui a été abandonné légalement en France dans les années 60, revient par l'introduction des théologies conservatrices , ou "bibliques" ou "authentiquement évangéliques".
Ainsi que par les échanges culturels avec les modes de vies d'autres pays.
En sociologie ne dit on pas que "l'extérieur contamine l'intérieur".
Cette théologie possède un grand dynamisme, elle structure les "petits troupeaux" contre "le grand méchant monde" dans un manichéisme total, mais elle a un grand défaut , imparable :
Elle n'est plus universelle, elle autorise les ségrégations, les exclusions, c'est en quelque sorte la "fidélité biblique " au prix de l'éthique et de l'intégrité. La conformité au groupe, à la communauté devient une fin en soi.
Rejet de l'égalité hommes/femmes, refus même pour certains groupes de l'égalité entre les races... Cela s'est vu dans le passé...
Ce n'est que depuis peu de temps que l'Apartheid a disparu, la fin de l'Apartheid en Afrique du Sud a supposé une réconciliation entre Noirs et Blancs.
Et c'est - à mon sens sur ce point là que la fidélité évangélique doit faire porter ces questions. Comme sur la question de la réconciliation.
Suis je obligé de "comprendre" totalement mon frère ou ma soeur pour l'aimer?
Ecrit par : Gandalf | 19.12.2005
L'église épiscopale n'a pas découvert les problèmes des homos chrétiens avec l'ordination de Gene Robinson (en 2003), cela fait longtemps (plus de 20 ans) que l'Eglise Episcopale a un ministère en direction des malades du Sida et des Homosexuels.
Avec pour objectif une église "sans exclusive".
Extrait d'un livre "L'Eglise Episcopale" de Christopher L Webber (chapitre 7)
"Edmond Browning qui était Président de 1986 à 1997 a créé une controverse en s’adressant aux malades du SIDA et aux homosexuels. Son objectif d’une église « sans exclusion » a fait que quelques membres de l’église se sont sentis eux-mêmes exclus. "
"Il existe toujours des personnes qui recherchent dans l’église un lieu de refuge et de paix loin des troubles du monde ; oui étrangement, c’est cet effort de l’église de fournir un tel refuge à ceux qui semblent en avoir le plus besoin qui tend à provoquer le plus de difficultés."
Christopher L Webber
Ecrit par : Gandalf | 19.12.2005
Bonjour Gandalf !
Je suis en grande partie d'accord avec tes conclusions !
Mon article n'avait pas pour but d'analyser le contexte religieux contemporain mais d'offrir une brève présentation des églises inclusives.
Il va sans dire que leur émergence est rendue difficile dans le contexte que tu décris.
J'éviterais tout de même les raccourcis rapides : certes les fondamentalismes et les exclusions qu'ils génèrent sont l'exact opposé de la démarche inclusive mais c'est paradoxalement dans des milieux volontiers taxés de "fondamentalistes" que sont nés un certain nombre d'initiatives inclusives ; il serait délicat de parler à leur égard de fondamentalisme - l'inclusivité est un bon antidote contre tout fondamentalisme - mais les racines des MCC sont par exemple dans le pentecôtisme nord-américain !
D'un autre côté, la plupart des Eglises libérales d'Europe occidentale ne brillent pas pour leur inclusivité cf le piètre résultat voté il y a 2 ans par le Comité Permanent Luthéro-Réformé ; mais on trouve en Amérique du Nord des Eglises de sensibilité libérale comme la United Church of Christ ou l'Eglise Unie du Canada qui ont fait de l'inclusivité une part non négligeable de leur identité théologique.
Je tombe d'accord avec toi sur la fermeture des pays du Sud à la question de l'inclusivité mais on trouvera paradoxalement plus des groupes et d'églises inclusifs en Afrique du Sud qu'en France : on y voit peut être mieux maintenant, après la fin de l'apartheid, que toute forme de discrimination est intolérable au sein de l'Eglise de Jésus-Christ.
Si le message inclusif peut se "stabiliser" dans des milieux chrétiens ouverts, les conditions de sa naissance sont des situations réelles d'exclusion.
Ce que tu dis de la réconciliation est vrai : les paroisses inclusives méthodistes et luthériennes des USA portent d'ailleurs respectivement le nom de "reconciling" et "reconciled in Christ" ; l'inclusivité est aussi une manière d'embrasser le message évangélique de la réconciliation.
Merci pour tes remarques !
Fraternellement
Jean
Ecrit par : jean | 19.12.2005
Merci pour ce dialogue, je pense aussi que la clé du dialogue est dans une vision renouvelée de l'unité de l'église, d'une réconciliation qui n'est pas une option.
L'unité de l'église, la réconciliation a toujours été un "défi", du premier siècles entre juifs et samaritains, l'inclusion des romains a été un sujet de débats, l'inclusion des païens.
Chaque siècle apporte ses nouveaux sujets, la suppression de l'esclavage, l'égalité hommes-femmes, la question de l'inclusion des homosexuels.
Je citerai Webber à nouveau:
"Au début les Anglicans recherchaient dans les premiers siècles de l’église pour retrouver ce qui était essentiel, ce qui unissait les Chrétiens, mais de plus en plus les Anglicans en sont venus à comprendre que l’église des premiers siècles n’était pas unie et que l’unité que Dieu veut pour l’église réside dans le futur.
Comme l’Eglise évolue au travers de l’histoire, de nouveaux défis apparaissent et les vieilles réponses deviennent inadéquates. Jésus n’a pas dit à ses disciples qu’il leur avait laissé toutes les réponses, mais plutôt « Quand l’Esprit de Vérité viendra, il vous guidera vers la vérité » (Jean 16 :13). Ainsi la découverte de la vérité est elle un pèlerinage permanent sous la direction du Saint Esprit, et les réponses que nous trouvons sont toujours des réponses provisoires.
Elles peuvent avoir donné satisfaction dans le passé mais elles n’offrent aucune garantie qu’elles donneront également satisfaction dans le futur. Jésus lui même est la vérité, mais nos affirmations au sujet de Jésus ne seront pas nécessairement capable d’exprimer toute cette vérité en des termes capable de répondre aux besoins d’une société changeante." (Christopher L Webber).
Les anglicans pensent que la société change, c'est un élément clé de la théologie anglicane, l'inclusivité est fondée sur le commandement de faire des nations des disciples (Mt 28) et d'appeler à la réconciliation.
L'église primitive a été unie mais n'était pas "unifiée", comment faire admettre que les grecs devaient être traités à l'égal des araméens, ou que les romains avaient part au Royaume ?
La discussion peut porter ensuite sur les priorités de la mission, souvent une ouverture vers l'unité peut déclencher des débats et des divisions.
Ecrit par : Gandalf | 20.12.2005
salut à toute l'équiperédactionnelle de ce site . je souhaiterais nouer un partenariat avec vous car je suis un pasteur ici en côte d'ivoire .
Ecrit par : pascal | 26.01.2006
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